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| Les gilets jaunes... Une illustration de la nouvelle lutte des classes? |
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| Louis Chauvel (1967-?) |
Pour lui, comme pour de nombreux auteurs des années 80, 90, les classes auraient peut-être temporairement disparu avec les trente glorieuses (1945-1975) et la moyennisation qui allait avec; notamment parce que les inégalités économiques se réduisaient en faveur des ouvriers ou des employés qui, dont les revenus augmentaient et qui devenaient de plus en plus propriétaires de leurs logements. Il y avait bien moyennisation de la société comme Mendras l’avait vu.
Mais Chauvel relève que depuis la fin des trente glorieuses et plus particulièrement depuis les années 1980, les écarts de revenus augmentent et si beaucoup de ménages accèdent toujours à la propriété, le poids que cela pèse dans le budget est tel que beaucoup ont du mal à « finir le mois », à partir en vacances, à faire les travaux, etc. Surtout que l’emploi s’est précarisé et que le chômage et les contrats précaires (les cdd, l’interim) ne permettent pas d’avoir des revenus réguliers. Même chose avec l’ubérisation de l’emploi.
Dans l'article de 2001, Chauvel montre que plus que la détention des moyens de production, les classes sociales pourraient être redéfinies autour de la capacité de s'acheter le "travail d'autrui": le fait, par exemple, d'avoir une femme de ménage, de s'offrir les services de jardiniers, etc. Ce sont à la fois des "capitalistes à l'ancienne" qui le peuvent mais aussi certains salariés cadres (directeurs de grandes entreprises) ou professions libérales (médecins, avocats, etc.).
D'autre part, les inégalités, depuis 40 ans, se creusent au sein de la classe moyenne : les inégalités intra-classes augmentent; or si la classe moyenne se « dégonfle », la toupie (rappelez-vous Mendras) se creuse… Et est-ce que cela ne conduit pas progressivement à une opposition entre deux grand pôles d’individus économiquement homogènes (un au-dessus et un au-dessous).
Ce retour des inégalités se fait bien évidemment en faveur des plus riches et grâce à des politiques fiscales qui peuvent être ou paraître être à destination de ces plus riches (l‘allègement de l’impôt sur la fortune en France par exemple). On retrouverait ici les stratégies mises en place pour satisfaire le groupe des dominants.
On peut ajouter que la politique est marquée par une surreprésentation de la classe dominante en politique.
Ainsi, le parlement de 2022, malgré la poussée de la NUPES et du RN, deux mouvements ou partis qui se disent proches du peuple, est composé de 6,7% de chefs d’entreprises (qui ne représentent que 0,6% des actifs occupés normalement), de 14,7% de professions libérales (au lieu de 1,9% dans la population active), de 23,2% de cadres du privé (au lieu de 5,4%), de 13,5% de cadres de la fonctions publiques (au lieu de 1,9%)… Soit 58% de bourgeois ou apparentés bourgeois au lieu de 9,8%... Donc 6 fois plus. Et encore, c’est sans tenir compte des ingénieurs, des enseignants et des professions scientifiques que certains pourraient qualifier de bourgeois et qui sont eux-aussi surreprésentés. Les employés et les ouvriers qui représentent 48,3% de la population des travailleurs (la moitié) ne représentent que 5,7% de la population des députés, c’est-à-dire de ceux qui votent les lois. Ils sont 8 fois moins nombreux qu’ils ne devraient l’être si l’assemblée était à l’image du peuple.
Cela fait réfléchir.
Et est-ce qu’un mouvement comme les gilets jaunes n’illustrerait pas, au moins un peu, un retour de la lutte des classes ?
Et d’autres arguments peuvent venir se greffer à ce « retour des classes sociales »…
J’en ajoute un : les grandes écoles (polytechnique, l’ENS, etc.) sont avant tout composées d’élèves issus de familles aisées. C'est en soi une inégalité illustrant un clivage de classes sociales. Mais on peut ajouter que ce sont ces écoles qui donneront le pouvoir économique, culturel et politique. Et cette sélection sociale à l’école était moins forte durant les trente glorieuses que maintenant.
Ajoutons encore que pour Chauvel l'uniformisation des modes de vie n'est qu'un trompe l'oeil. Les cadres et les ouvriers ne partent pas en vacances dans les mêmes lieux, dans de mêmes structures (campings, villages vacances, résidences secondaires) et sur de mêmes durées (les cadres partent plus longtemps par exemple). Ils ne portent pas les mêmes marques, n'ont pas les mêmes loisirs, etc.
Au final, si ce sont les mêmes qui détiennent toujours le pouvoir économique, le pouvoir politique et le pouvoir culturel, qu’il y a des stratégies mise en place et de la reproduction sociale d’une génération à l’autre, est-ce que cela ne signifierait pas qu’il y a bien des dominants d’un côté et des dominés de l’autre. Est-ce que cela ne validerait pas l’idée que les classes sociales sont une réalité ?


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