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Comment se fait-il que, pendant presque toute l’histoire de
l’humanité, les gens ont vécu de la même manière, ont possédé les mêmes choses,
ont suivi les mêmes rythmes ? Si vous réfléchissez, il n’y a pas de différences
fondamentales entre un paysan du Moyen-Age et un paysan de l’Antiquité.
Bon, un historien ou un anthropologue m’assassinerait pour
ce que je viens d’écrire, mais si on regarde l’histoire avec l’œil de
l’économiste, globalement le paysan du Moyen-Age possède à peu près la même chose que
celui de l'Antiquité et il ne produit ni fondamentalement plus, ni
fondamentalement moins... Il ne crée pas plus de richesses.
Peu de changements (d'un point de vue économique) en 5000 ans.
Et puis, il y a deux - trois siècles, cela s’emballe. D’un
point de vue sociologique, la société va progressivement changer dans sa
structure et son organisation. Et d’un point de vue économique, elle va
s’enrichir comme elle ne s’était jamais enrichie encore.
Que s'est-il passé ?
Il s'est passé ce qu’on appelle la croissance.
La croissance (sous-entendu économique), c’est en simplifiant l’augmentation sur longue période du PIB. C'est donc donc l’augmentation des richesses créées.
Cette croissance, dans l’histoire de l’humanité, n’a pas toujours été une préoccupation. Il a fallu attendre la fin XVIIIème siècle, surtout, pour qu’elle prenne une dimension essentielle de la partie « économie » de la vie des sociétés comme le montre le graphique suivant, que l'on doit au grand économiste et historien Angus Maddison, et qui représente la création de richesses par habitant.
Derrière la croissance, il y a aussi les revenus des individus.
Le PIB d'un pays, c’est à-peu-près le revenu de ce pays, ce qu’il gagne en
vendant la production, et ce revenu national est partagé entre ceux qui ont
contribué à le générer : les travailleurs, les propriétaires (ceux qui
détiennent les moyens de production) et l’Etat.
Si la production baisse, le revenu national baisse et, globalement, les
revenus des agents économiques baissent. Mais si leurs revenus baissent, ils
consomment moins et s’ils consomment moins, il y a moins besoin de produire, et
si on produit moins, le revenu national baisse, etc.
On comprend l’intérêt d’essayer de maintenir cette
croissance, d’essayer de faire en sorte que le PIB croisse régulièrement.
La croissance serait donc quelque chose de positif…
Cette croissance repose en partie sur le progrès
technique, le progrès dans les manières de produire. Or ce progrès peut avoir
des effets positifs mais aussi des conséquences très négatives pour les
individus : accroissement des inégalités de revenu ou de conditions de travail,
destruction d’activités et donc d'emplois… C’est un premier défi qui est posé aux économistes et aux
gouvernants.
D’autre part, mis-à-part quelques illuminés, tout le monde a
compris qu'en produisant toujours plus on a épuisé une partie de ressources
(ou on est en train), on a pollué, on a détruit des espèces végétales et
animales, on a accéléré, plus qu’on aurait dû, le réchauffement climatique.
C’est le deuxième grand défi qui est posé aux économistes et aux gouvernants.
Alors comment «faire de la croissance » et comment faire pour que
l’augmentation des richesses soit durable… D'ailleurs, et la question mérite d'être posée, la croissance peut-elle être durable?

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