L’innovation et le recul des limites environnementales

 



Le terme « recul » du programme est intéressant… On ne se pose pas la question de savoir s’il faut continuer sur le même modèle économique mais plutôt de comment continuer avec le même modèle économique. Vous n’aurez donc pas de sujets thèse/antithèse.

« Reculer les limites », normalement, ça n’est pas les faire disparaître. C’est simplement, les repousser comme on repousse ses limites quand on fait des efforts… Or quand on fait un effort jusqu’au bout de ses limites, il arrive un moment où le corps dit stop... Mais ça n’est pas le problème.

Ici, ce qu’il faut comprendre par « reculer les limites », c’est qu’il faut innover pour atteindre une sorte d’équilibre environnementale tout en continuant à produire plus. Or aux limites environnementales présentées précédemment s’ajoute le problème de l’augmentation de la population mondiale.

Pour la démonstration qui suit, j’ai décidé de me focaliser sur l’innovation alimentaire. L'alimentation pose de nombreux problèmes environnementaux.

Ainsi, parce que la population mondiale est toujours plus riche et plus nombreuse, il « faudrait » que l’on produise toujours plus de viandes.  Or produire de la viande est très polluant: les bœufs rejettent du méthane ("Sur une période de 20 ans, le méthane a un potentiel de réchauffement de la planète 84 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone"), les porcs génèrent un lier plein d’azote), ou très « épuisant » (les réserves de pêche s’amenuisent) ou pose enfin le problème de la maltraitance animale. D’autre part, pour nourrir le bétail, on utilise de grandes quantités d’eaux et de céréales…

L’innovation alimentaire peut prendre plusieurs formes mais elle s’inscrit bien dans le cadre de notre réflexion: à savoir qu’une innovation, c’est ce qui permet de remplacer un produit ou un procédé par un autre produit ou un autre procédé.

On peut ainsi envisager une production de viande en laboratoire qui pourrait peut-être empêcher la surpêche, l’utilisation expansive d’eaux (pour les bœufs), la pollution à l’azote et au méthane… Dans ce cas-là, on est à la fois sur une innovation de procédé (on produit de la viande autrement) et une innovation de produit (on produit une nouvelle forme de viande qui sera commercialisée). C’est le cas avec l’éventuelle production de viandes de synthèse, de viandes produites en laboratoires.


Mais on peut aussi envisager de remplacer les protéines de la viande traditionnelle par un autre type de protéines issu des insectes. Et la production d’insecte semble avoir une empreinte sur la planète beaucoup plus petite. On est ici aussi dans le cadre d’une double innovation de procédé et de produit.



Et il reste enfin la possibilité de remplacer les protéines animales par des protéines végétales, notamment celles issu des algues.

Les algues, sont très bon exemple, de ce que l’on attend des innovations vertes (vertes parce qu’elles visent à diminuer l’empreinte des activités humaines sur la nature).  Les algues poussent en mer ce qui laisse de grandes opportunités en terme d’espace cultivable. On peut en faire du biocarburant, on peut en faire des plastics bio, elles sont riches en protéines, etc. Et encore une fois, on est dans le cadre d’une double innovation de procédé et de produit.



Par contre, on n’annule pas totalement le problème posé par la production de nourriture. On l’amoindrit à la rigueur et on le déplace (vers la mer) : on recule les limites.

Ce raisonnement sur l’alimentaire, on peut le tenir pour la plupart des procédés et produits polluants ou des ressources en train de s’épuiser. Ainsi, les grandes révolutions industrielles reposaient souvent sur un changement de source d’énergie (du charbon vers le pétrole vers le nucléaire et peut-être vers l’éolien ou le solaire). La problématique énergétique actuelle, d’ailleurs, c’est de trouver des énergies moins polluantes et moins épuisables.

Enfin, on attend aussi beaucoup de l’économie circulaire qui peut s’apparenter à une innovation de procédé mais aussi une innovation de produits.



L’économie circulaire consiste en la réutilisation des déchets liés aux activités de consommation et de production pour produire à nouveaux des biens et des services.

La « valorisation » des déchets limite le besoin de nouvelles ressources épuisables et limite les rejets des gaz à effets de serre qui étaient emprisonnés dans le sol (sous forme de charbon ou de nappes de gaz ou de pétrole).

On le comprend, les sociétés actuelles se trouvent confrontés au triple problème de l’épuisement des ressources, de la pollution et du réchauffement climatique. Et il va falloir trouver de nouveaux procédés et de nouveaux produits, c’est-à-dire innover, si l’on veut maintenir notre mode de vie…

Je dis bien « si l’on veut maintenir notre mode de vie » parce qu’il est aussi possible que l’on ait à en changer.

Si l’innovation ne permet pas à la croissance d’être soutenable, il arrivera un moment où il faudra faire le choix entre continuer jusqu’à ce que le système s’effondre sur lui-même avec les conséquences sociales et environnementales que cela aura ou développer un autre modèle économique que celui basé sur la création toujours plus importante de richesses.


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