![]() |
| Young Donald qui n'est plus sûr de sa politique protectionniste |
Le protectionnisme part souvent d’un bon sentiment : protéger les entreprises nationales et l’emploi. Pourtant, les relations commerciales entre pays peuvent être analysées à l’aide du dilemme du prisonnier, issu de la théorie des jeux.
Dans ce dilemme, deux individus ont intérêt collectivement à coopérer, mais, faute de confiance, chacun adopte une stratégie individuelle qui conduit à une situation moins favorable pour tous. Collectivement, la coopération est la meilleure solution ; individuellement, chacun a intérêt à tricher. Appliqué au commerce international, le libre-échange correspond à une situation de coopération, tandis que le protectionnisme correspond à une situation de non-coopération (un chacun pour soi).
Lorsque les pays coopèrent, lorsqu'il y a libre-échange, les échanges internationaux permettent des prix plus bas, une plus grande diversité de produits et une meilleure allocation des ressources.
À l’inverse, lorsque chaque pays cherche à protéger son marché intérieur, on aboutit à une situation collectivement moins efficace.
C’est ce que l’on a observé lorsque les États-Unis, sous la première administration de Donald Trump, ont relevé les droits de douane sur de nombreux produits importés, notamment européens et chinois. En réaction, l’Union européenne a mis en place des mesures de rétorsion. Cette logique d’escalade illustre une véritable guerre tarifaire : chaque camp répond aux mesures de l’autre, ce qui conduit à une hausse généralisée des prix.
Ces politiques ont des effets négatifs incontestables: les droits de douane renchérissent le prix des biens importés, ce qui pèse sur le pouvoir d’achat des ménages et sur les coûts de production des entreprises (qui achètent des composants ou des matières premières à l'étranger). La consommation et l’investissement peuvent alors ralentir, ce qui exerce un effet récessif sur la croissance.
Un point particulièrement intéressant concerne l’écart entre le discours politique et les effets économiques réels. Le discours de l’administration Trump consistait à affirmer que les droits de douane permettraient de faire « payer l’étranger » et de renflouer les caisses de l’État américain. Or, les études économiques ont montré (et montre toujours actuellement, sous ce deuxième mandat) que ce sont principalement les consommateurs et les entreprises américaines qui ont supporté le coût de ces taxes, à travers des prix plus élevés.
Trump annonçait et annonce que e sont les entreprises étrangères qui paient et renflouent les caisses de l'Etat nord-américains mais en réalité, ce sont les américains eux-mêmes. Autrement dit, les droits de douane ont fonctionné comme un impôt indirect payé à l’intérieur du pays, et non comme une ponction sur les producteurs étrangers.
Les effets du protectionnisme dépendent fortement de la sensibilité de la demande au prix. Pour de nombreux biens de consommation courante, la demande est faiblement élastique : même lorsque les prix augmentent, les quantités consommées diminuent peu.
C’est le cas de produits alimentaires de base comme les œufs, la viande, le riz ou les pâtes, qui sont des biens nécessaires du quotidien et qui sont en grand epartie produits à l'étranger.
Si des droits de douane ou des barrières commerciales font augmenter leur prix, les ménages continuent à les acheter, faute de substituts réels. La hausse des prix se traduit donc directement par une baisse du pouvoir d’achat.
Le même raisonnement vaut pour certains biens manufacturés du quotidien, comme les vêtements basiques, les chaussures, ou encore certains produits d’hygiène et d’entretien, souvent importés. Même si leur prix augmente, les ménages ne peuvent pas facilement s’en passer.
Dans ces situations, ce sont les ménages les plus modestes qui sont les plus pénalisés. Ils consacrent une part plus importante de leur revenu à ces dépenses incompressibles. Une hausse des prix liée au protectionnisme peut donc avoir un effet régressif, en dégradant davantage la situation des populations les plus fragiles, alors même que ces politiques sont parfois justifiées au nom de la protection de l’emploi.
Enfin, un protectionnisme poussé à l’extrême peut aller jusqu’à interdire totalement certaines importations. En se coupant des échanges internationaux, un pays se prive alors de sources d’innovation et de diffusion technologique. L’exemple des économies soviétiques, largement fermées au commerce mondial, montre que cet isolement a conduit à un appareil productif peu innovant et inefficace.
Conclusion
Le protectionnisme peut engendrer des effets pervers importants. En cherchant à protéger les entreprises nationales, il peut provoquer des hausses de prix, des représailles commerciales, une baisse du pouvoir d’achat et un ralentissement économique.
La question centrale devient alors : protéger qui, et à quel coût social ? Et n'oublions pas que certains pays cherchent à contourner les règles du libre-échange par des pratiques de dumping, ce qui explique que le débat reste ouvert mais qu'il est conflictuel.

Commentaires
Enregistrer un commentaire