Le paradoxe de l'action collective

 



Agir, c’est bien… Mais n’est-ce pas mieux quand ce sont les autres qui s’en occupe ? 

Peut-être bien...

Mais si tout le monde raisonne ainsi, les actions collectives (les grèves, les manifestations, etc.) n’apparaissent jamais… Et pourtant, elles sont là, ces actions collectives. 

C’est paradoxal !

 

Souvent dans l’histoire des élèves, il arrive un moment où, parce qu’ils ne sont pas contents, ils décident de se liguer contre un prof qui ne serait pas juste dans sa notation, dans ses cours, etc.

Et on entend des « ouais, on va sécher son cours » ou « on va foutre le bordel en classe » ou « on va débouler dans le bureau du provi » ou autres choses encore. Si les élèves sont soudés, leur nombre sera une force. Et puis, le jour venu, il n’y a plus grand monde, voire, il n’y a plus personne. On a réfléchi dans la nuit, on a pesé le pour et le contre (il y a toujours un risque que le prof se venge sur les notes), et surtout on s’est dit qu’on allait être la seule ou le seule… En tout cas, qu’on n’allait pas être nombreux et qu’on allait en prendre plein la tronche pour tout le monde…

Cet exemple est un bon exemple pour comprendre le paradoxe de l’action collective.

Le paradoxe de l'action collective est le fait que si on raisonne en termes de rationalité économique, les individus n’ont pas intérêt à agir collectivement, mais plutôt à adopter des comportements de type « passager clandestin » … Et pourtant, paradoxalement, des actions collectives émergent.

Un paradoxe, c’est l’association de faits (ou d’idées) contradictoires. Et on doit la formulation de ce paradoxe de l’action collective à Mancur Olson.

En sciences sociales, un passager clandestin: est une personne (ou une organisation) qui bénéficie de l’action d’autres acteurs sans en supporter le coût.

Dans la vie, les situations collectivement conflictuelles, comme celle des élèves et de leur prof, sont fréquentes. Les élèves, dans notre exemple, ont eu un raisonnement rationnel comme celui qu’on présente souvent en économie: ils ont fait un calcul coût/avantage.

Dans mon exemple, comme les coûts (réels ou supposés) étaient supérieurs aux avantages, ils ne se sont pas mobilisés. Mais il arrive des fois où ils se mobilisent malgré les coûts (dans ce cas, les avantages doivent être supérieurs aux coûts).

Pour les grèves, pour les manifestations, c’est la même chose et souvent, il y a grève ou il y a manifestation.

Pourtant, un travailleur qui fait grève une journée perd une journée de salaire, s’il fait grève une semaine, il perd une semaine de salaire. Un gilet jaune qui va manifester le samedi, lui, ne perd pas une journée de salaire, il perd une dent, un bras ou un œil…

Il est là le paradoxe : compte tenu des coûts, un individu rationnel a tout intérêt à laisser les autres aller manifester. Si la manifestation n’aboutit pas, on n’a rien perdu, si la manifestation aboutit, on a tout gagné. Tout gagner sans participer, c’est ce qu’on a appelé avoir un comportement de passager clandestin. On bénéficie de l’action mais on n’en paie pas le prix.

Le problème, c’est que si tout le monde raisonne ainsi, personne ne fait grève ou ne manifeste. Alors pourquoi y en a-t-il qui le font ?

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