La spécialisation internationale reposerait sur les avantages comparatifs
Avez-vous remarqué que les pays ont souvent des productions dominantes, des activités dans lesquelles ils sont particulièrement présents sur les marchés mondiaux ?
La France est réputée pour le luxe, l’Allemagne pour l’automobile haut de gamme, les États-Unis pour les services numériques liés à Internet, le Bangladesh pour le textile, la Côte d’Ivoire pour le cacao. La Chine, longtemps spécialisée dans les produits manufacturés de moyenne et basse gamme, monte aujourd’hui rapidement en gamme.
Bien sûr, cette vision est simplifiée : aucun pays ne produit un seul type de bien. Mais elle n’est pas fausse pour autant. Les pays ont bien des spécialisations dominantes, c’est-à-dire des productions qu’ils développent davantage que d’autres.
Mais comment expliquer cette spécialisation internationale ?
Qu’est-ce que la spécialisation internationale ?
La spécialisation correspond au fait pour un pays d’orienter prioritairement ses ressources productives — le travail, le capital (les équipements), les ressources naturelles — vers certains biens ou services plutôt que vers d’autres, afin de les exporter.
La spécialisation internationale est la répartition de ces spécialisations entre les pays à l’échelle mondiale.
Pour comprendre ce mécanisme, faisons un petit détour par un exemple simple.
Un jeu entre élèves pour comprendre
Imaginons trois élèves du lycée participant à un concours comportant trois épreuves : SES, Histoire-Géographie et Anglais. Chaque épreuve dure cinq heures et se déroule le même jour : chaque élève ne peut donc passer qu’une seule matière.
Les résultats scolaires sont les suivants :
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Léontine : 16 en SES, 17 en HG, 17 en anglais
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Hermine : 15 en SES, 14 en HG, 13 en anglais
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Bernardine : 12 en SES, 10 en HG, 12 en anglais
Léontine est la meilleure dans toutes les matières : on dirait qu’elle possède un avantage absolu partout. Pourtant, elle ne peut pas tout faire seule. Il faut répartir les matières entre les élèves.
La meilleure répartition n’est pas que Léontine fasse tout, mais qu’elle se concentre sur l’anglais, Hermine sur les SES et Bernardine sur l’Histoire-Géographie.
Pourquoi ?
Parce que chacune se spécialise dans la matière où il est relativement le plus performant par rapport aux autres, même si ce n’est pas celle où il est absolument le meilleur.
On exploite ainsi au mieux les capacités — les « ressources » — de chaque élève.
Le coût d’opportunité : la clé du raisonnement
Pour comprendre ce choix, il faut introduire une notion centrale en économie : le coût d’opportunité.
Le coût d’opportunité correspond à ce à quoi on renonce lorsqu’on fait un choix.
Lorsque l’on utilise des ressources (du temps, du travail, des capacités) pour une activité, on renonce nécessairement à les utiliser pour une autre.
Dans notre exemple, si Léontine passe l’épreuve d’anglais, elle renonce à passer l’épreuve d’Histoire-Géographie ou de SES. Le coût d’opportunité de l’anglais est donc la meilleure des deux autres matières qu’elle ne pourra pas passer.
Dire qu’un individu (ou un pays) a un coût d’opportunité plus faible pour une activité signifie que le renoncement associé à ce choix est moins important que pour les autres.
Autrement dit, produire un bien ou se spécialiser dans une activité « coûte » moins en termes de sacrifices alternatifs.
Du lycée au commerce international : Ricardo
Ce raisonnement a été transposé au commerce international par David Ricardo au début du XIXᵉ siècle.
Ricardo montre qu’un pays peut être très efficace dans plusieurs productions, mais qu’il a toujours intérêt à se spécialiser dans celles pour lesquelles son avantage est le plus grand relativement aux autres productions, ou son désavantage le plus faible.
Cette spécialisation permet une allocation optimale des ressources, c’est-à-dire une répartition du travail, du capital et des ressources naturelles qui maximise l’efficacité productive (la productivité): chaque pays utilisera ses ressources (travail, capital, ressources naturelles) là où elles seront le mieux employées... Une sorte d'utilisation rationnelle des ressources à l'échelle internationale.
Chaque pays se concentre alors sur ce qu’il fait relativement le mieux, et importe le reste auprès d’autres pays, qui ont eux-mêmes un avantage comparatif dans d’autres productions.
| David Ricardo (1772 - 1823) |
La théorie des avantages comparatifs
C’est ce qu’on appelle la théorie des avantages comparatifs (ou avantages relatifs).
Un pays possède un avantage comparatif dans la production d’un bien lorsqu’il peut le produire à un coût d’opportunité plus faible que les autres pays, c’est-à-dire en renonçant à moins de production alternative.
Dit ainsi, c'est compliqué... C'est pour la forme. Voici, une version plus abordable:
Un pays peut être moins performant absolument dans toutes les productions, mais avoir tout de même intérêt à se spécialiser, dès lors que le sacrifice associé à cette production (toutes les productions auxquelles il renonce) est plus faible pour lui que pour les autres pays.
La spécialisation internationale repose donc non pas sur le fait d’être le meilleur partout, mais sur le fait de choisir les productions pour lesquelles le renoncement est le plus faible.

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