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| Que devient l'ouvrier qui a perdu son emploi à cause de la concurrence internationale? |
Si l’ouverture au commerce international est globalement bénéfique pour les acheteurs et les vendeurs, et si elle peut contribuer à réduire les inégalités entre pays, une question se pose alors : pourquoi la mondialisation suscite-t-elle autant de critiques, en particulier dans les pays développés ?
La réponse tient au fait que la mondialisation n’a pas les mêmes effets pour tous les individus au sein d’un même pays. Elle agit, sur l’emploi, de manière assez comparable au progrès technique : elle crée des opportunités dans certains secteurs, mais fragilise d’autres activités et accentue les écarts entre les travailleurs.
Dans les pays développés, la mondialisation expose certaines entreprises à une concurrence internationale plus intense. Pour rester compétitives, certaines choisissent de délocaliser une partie de leur production vers des pays où les coûts sont plus faibles. D’autres subissent directement la concurrence de produits importés moins chers. Ces phénomènes menacent principalement les emplois industriels, mais concernent de plus en plus certains services. Les emplois les plus exposés sont souvent les emplois peu qualifiés ou routiniers, plus facilement remplaçables ou délocalisables.
Cette destruction ou cette fragilisation de l’emploi pose plusieurs problèmes majeurs:
- D’abord, un problème socio-économique. La perte d’un emploi entraîne une baisse immédiate du revenu et place le chômeur dans une situation sociale plus fragile. Même lorsqu’il existe une protection sociale, le chômage est souvent synonyme de déclassement, de précarité et d’incertitude.
- Ensuite, un problème de requalification. Les emplois détruits par la concurrence internationale correspondent fréquemment à des emplois peu qualifiés ou à des savoir-faire spécifiques à un secteur. Or, se reconvertir n’est ni simple, ni rapide, ni garanti. Il est difficile de transformer un ouvrier de l’industrie en travailleur du bâtiment, en employé du commerce ou, a fortiori, en cadre du tertiaire supérieur. La requalification suppose des formations longues, coûteuses, et elle est socialement inégale : tous les travailleurs n’ont pas les mêmes capacités ou les mêmes ressources pour s’adapter.
Au final, le travailleur qui perd son emploi peut connaître une baisse durable de ses revenus, même lorsqu’il retrouve un emploi, ce qui alimente les inégalités de revenus.
Par ailleurs, les entreprises des pays développés qui choisissent de maintenir leur production dans des pays où la main-d’œuvre est coûteuse sont soumises à une forte pression concurrentielle.
Pour réduire le coût du travail, elles disposent principalement de deux stratégies, qui contribuent toutes deux à accroître les inégalités;
- La première consiste à substituer du capital au travail, c’est-à-dire à remplacer des travailleurs par des machines, des logiciels ou des robots. Cette automatisation permet de gagner en productivité, mais elle réduit le nombre d’emplois disponibles, en particulier pour les travailleurs peu qualifiés. Ce phénomène est lié à la fois au progrès technique et à la mondialisation, cette dernière renforçant la pression à automatiser pour rester compétitif.
- La seconde stratégie repose sur la modération salariale. Les entreprises peuvent contenir ou réduire le coût du travail en limitant les hausses de salaires, en supprimant certaines primes ou en proposant des contrats moins avantageux aux nouveaux embauchés. Cette pression salariale concerne surtout les travailleurs peu qualifiés ou intermédiaires. Les travailleurs très qualifiés, en revanche, restent souvent protégés, car leurs compétences sont rares et recherchées à l’échelle internationale. Cela contribue à creuser les écarts de revenus au sein même des entreprises.
La mondialisation accentue également les inégalités territoriales.
Les entreprises les plus compétitives, capables de faire face à la concurrence internationale, ont tendance à se concentrer dans de grands pôles urbains ou des pôles de compétitivité, où l’on trouve des infrastructures, des universités, des centres de recherche et une main-d’œuvre qualifiée. À l’inverse, les petites industries moins performantes sont souvent implantées dans des villes moyennes ou des zones rurales. Ce sont précisément ces entreprises et ces territoires qui subissent le plus fortement les effets de la concurrence internationale, ce qui renforce les écarts entre métropoles dynamiques et territoires en difficulté.
On comprend alors pourquoi la mondialisation est souvent perçue négativement par une partie de la population des pays développés. Elle crée des gagnants et des perdants : les travailleurs qualifiés, les cadres et les entreprises compétitives peuvent en tirer profit, tandis que les ouvriers peu qualifiés, certains employés et des territoires entiers peuvent en subir les effets négatifs.
Conclusion
La mondialisation tend donc à accroître les inégalités à l’intérieur de certains pays, même si elle peut contribuer à réduire les inégalités entre pays. Il faudrait d’ailleurs parler d’inégalités à l’intérieur de certains pays, et non de tous les pays.
En effet, les effets de la mondialisation dépendent fortement de la manière dont les richesses sont redistribuées. Les pays d’Europe du Nord, très ouverts au commerce international et fortement dépendants des échanges extérieurs, figurent pourtant parmi les pays les plus égalitaires du monde. Cela montre que la mondialisation n’est pas, en elle-même, la cause directe des inégalités, mais qu’elle interagit avec les politiques publiques, les systèmes de protection sociale et les choix collectifs.

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