Le commerce international : en quoi peut-il être avantageux ?

 

Quel avantage a l'ouverture internationale sur le marché des fraises?

Posons-nous la question suivante :
Dans quelle mesure l’ouverture internationale, et plus particulièrement le commerce international, sont-ils de bonnes choses ?

Nous avons déjà vu que le développement du commerce international peut conduire à une spécialisation des pays, à une fragmentation de la chaîne de valeur (un produit est fabriqué dans plusieurs pays) et à la mise en place de stratégies économiques et politiques par les États et les entreprises. Mais tout cela pose une question centrale : pourquoi les pays commercent-ils entre eux ? Quels sont les avantages concrets du commerce international ?

Sur le plan théorique, le commerce international est souvent présenté comme un moteur de la croissance économique. L’idée centrale est la suivante : en échangeant entre eux, les pays peuvent produire de manière plus efficace et à moindre coût.

Selon la théorie des avantages comparatifs, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les productions pour lesquelles il est relativement le plus efficace, même s’il n’est pas le meilleur dans l’absolu. Autrement dit, il est plus rationnel que chaque pays concentre ses ressources (travail, capital, machines) là où elles sont les plus productives, puis échange avec les autres pays.

Cette spécialisation permet des gains de productivité, une baisse des coûts de production et, au final, une baisse des prix pour les acheteurs. Et pourtant, malgré ces arguments économiques, les Français portent globalement un regard plutôt négatif sur la mondialisation. Pour comprendre ce paradoxe, il faut distinguer les effets du commerce international selon les acteurs concernés.


Du côté des acheteurs, qu’il s’agisse des consommateurs (les ménages) ou des entreprises qui achètent des biens intermédiaires et des composants, le commerce international présente deux grands avantages.

Premier avantage : la baisse des prix

Le commerce international peut entraîner une baisse des prix par plusieurs mécanismes complémentaires.

Tout d’abord, l’ouverture internationale augmente la concurrence. Les producteurs nationaux se retrouvent en concurrence avec des producteurs étrangers, ce qui les oblige à ajuster leurs prix pour rester compétitifs. Plus l’offre est importante, plus les entreprises subissent une pression à la baisse sur les prix, toutes choses égales par ailleurs. Cela est particulièrement visible sur des marchés comme celui de l’habillement ou de l’électroménager, où la concurrence internationale est forte et où les écarts de prix sont importants.

Ensuite, le commerce international permet une meilleure allocation des ressources. Grâce à la spécialisation, les pays cessent de produire certains biens pour lesquels ils ne sont pas efficaces et réorientent leurs ressources vers des productions dans lesquelles ils sont plus performants. Dans les pays riches, cela signifie par exemple moins de ressources mobilisées dans des productions standardisées à faible efficacité, et davantage de ressources consacrées à des activités où la productivité est élevée. Cette réallocation améliore l’efficacité globale de l’économie. Lorsque les entreprises produisent là où elles sont les plus performantes, la productivité augmente, le coût unitaire de production diminue et les prix peuvent baisser.

Enfin, le commerce international favorise les économies d’échelle. L’accès à des marchés beaucoup plus vastes permet aux entreprises de produire en plus grande quantité. Or, plus une entreprise produit, plus le coût moyen de production diminue. En effet, les coûts fixes, comme l’achat d’une machine, la construction d’une usine ou les dépenses de recherche, sont répartis sur un plus grand nombre de produits. Par exemple, si une machine coûte très cher à l’achat, produire 10 000 paires de chaussures avec cette machine revient beaucoup plus cher par paire que d’en produire un million. Cette baisse du coût moyen peut ensuite se traduire par des prix plus bas pour les acheteurs.




Deuxième avantage : l’augmentation de la diversité des produits

Le commerce international ne permet pas seulement de consommer à moindre coût, il permet aussi de consommer de manière plus variée. Grâce aux échanges internationaux, les consommateurs ont accès à des produits qui n’existent pas ou peu sur le territoire national, comme certains fruits exotiques. Il y a encore quelques décennies, des produits comme le litchi étaient rares, chers et réservés à une consommation occasionnelle. Aujourd’hui, ils sont largement disponibles et accessibles à un plus grand nombre de ménages.

Mais cette diversité ne concerne pas uniquement les produits alimentaires. Elle s’observe aussi dans de nombreux biens de consommation courante. Le commerce international permet par exemple d’avoir accès à une grande variété de vêtements, de styles, de gammes de prix ou encore de modèles d’électroménager adaptés à des usages différents. De nombreux produits intègrent également des composants fabriqués dans plusieurs pays, ce qui élargit les possibilités de conception et de différenciation des biens.


Bilan du côté des acheteurs

Au final, il n’y a sans doute jamais eu une telle diversité de produits, avec un éventail de prix aussi large, accessible à une grande partie de la population. Les générations précédentes peuvent souvent en témoigner : de nombreux biens du quotidien sont aujourd’hui plus variés, plus accessibles et parfois moins chers qu’il y a vingt ou trente ans. Bien sûr, ces évolutions s’expliquent aussi par le progrès technique, mais le commerce international joue un rôle central dans cette transformation.


Du côté des vendeurs, c’est-à-dire des entreprises, le commerce international présente également plusieurs avantages importants.

D’abord, il permet une augmentation de la taille du marché. En s’ouvrant à l’international, une entreprise ne se limite plus à son marché national et peut toucher un nombre beaucoup plus important de clients potentiels. Cela peut entraîner une hausse des ventes, de la production et, dans certains cas, de l’emploi. Il existe très probablement, près de chez vous, des entreprises qui exportent une partie de leur production à l’étranger.

Ensuite, le commerce international offre aux entreprises la possibilité de mieux gérer leurs coûts de production. Elles peuvent choisir leurs fournisseurs à l’échelle mondiale, mettre en concurrence les sous-traitants ou encore organiser leur production de manière plus efficace. Ces stratégies peuvent améliorer la compétitivité des entreprises et leur permettre de proposer des prix plus attractifs.

Enfin, l’accès à un plus grand nombre de fournisseurs et de composants facilite la diversification des produits et peut encourager l’innovation. La concurrence internationale incite les entreprises à améliorer la qualité de leurs produits, à se différencier et à innover pour rester compétitives.


Conclusion

On parle alors de gains à l’échange : grâce au commerce international, les acheteurs comme les vendeurs peuvent être globalement gagnants. Ces mécanismes expliquent pourquoi le commerce international est souvent présenté comme bénéfique sur le plan économique, même si ces effets ne sont ni automatiques ni identiques pour tous les acteurs, ce qui ouvre la voie à l’étude de ses limites.


Annexe pour alimenter les discussions lors des repas arrosés.

Les gens ont souvent l’impression que les prix augmentent fortement et que la vie coûte beaucoup plus cher aujourd’hui qu’il y a cinq ans, trente ans ou même à l’époque des Trente Glorieuses. Mais ce raisonnement est trompeur si l’on oublie de tenir compte des revenus. Autrement dit, pour comparer les prix dans le temps, il faut raisonner en termes de pouvoir d’achat.

Une façon simple de mesurer ce pouvoir d’achat consiste à raisonner en temps de travail nécessaire pour acheter un bien. Ce n’est pas le prix affiché qui compte, mais le nombre de jours, de semaines ou de mois de travail qu’il faut pour se le payer.

Par exemple, dans les années 1950, il fallait environ un an et demi de travail à un ouvrier pour acheter une voiture populaire. Aujourd’hui, une voiture de gamme comparable représente généralement moins d’un an de salaire. En temps de travail, la voiture est donc devenue plus accessible.

De la même manière, un ordinateur représentait, dans les années 1980, plusieurs mois de salaire pour un travailleur moyen. Aujourd’hui, un ordinateur de milieu de gamme peut être acheté avec l’équivalent d’une dizaine de jours de travail. Là encore, en raisonnant en pouvoir d’achat, ce bien est devenu beaucoup plus accessible.

Ces évolutions montrent que, malgré certaines hausses de prix visibles, de nombreux biens sont devenus moins coûteux relativement aux revenus. Cette baisse du coût relatif s’explique par le commerce international, par les gains de productivité, par les économies d’échelle et, bien sûr, par le progrès technique.

Cela ne signifie pas pour autant que les fins de mois ne sont pas plus difficiles aujourd’hui pour une partie de la population. Mais ces difficultés s’expliquent en grande partie par d’autres facteurs. D’abord, nous consommons aujourd’hui beaucoup plus de biens et de services qu’autrefois : abonnements à Internet, aux plateformes de streaming, téléphonie, services numériques, etc., qui n’existaient pas ou peu dans les années 1980 ou 1950. Ensuite, le coût du logement a fortement augmenté, que ce soit en termes de loyers ou de remboursements d’emprunt.

Or, cette hausse du coût de l’immobilier n’est pas directement liée à la mondialisation. Elle tient à d’autres mécanismes économiques (rareté du foncier, politiques du logement, taux d’intérêt, concentration urbaine), qui doivent être distingués des effets du commerce international.



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